Scène 1 · Les Bas-Quartiers
Le soleil peinait à traverser les plaques métalliques et les conduits de ventilation qui recouvraient les ruelles sombres du bas-quartier de la Ruine 7. L'air était lourd, saturé de poussière, d'huile et de métal. Ici, la vie ne tenait qu'à un fil, mesurée par les heures de travail et la vigilance. Ceux qui n'avaient pas de Silver devaient compter sur la chance pour survivre.
Mattis, treize ans, descendait prudemment les escaliers branlants de son immeuble. Ses chaussures étaient trouées, son pantalon taché par les longues journées passées à aider sa mère dans l'atelier de recyclage. Depuis la disparition de son père, il vivait seul avec elle : une femme épuisée mais coriace, travaillant sans relâche pour leur assurer le strict minimum.
Malgré la misère et les dangers, Mattis restait vif et curieux. Il observait les chasseurs en patrouille, Silver en main, protégeant la cité contre les Onyx. Il les admirait : courageux, puissants… exactement ce qu'il rêvait de devenir.
— Mattis ! appela sa mère depuis l'atelier, la voix faible mais déterminée. Dépêche-toi ou tu vas rater l'école !
Il répondit d'un geste rapide et accéléra le pas. Dans les ruelles, il croisa des enfants qui jouaient avec des restes de métal et des engrenages, transformant la misère en imagination. Chaque détour racontait une histoire : des pancartes cabossées par les explosions de la surface, des murs couverts de graffitis, témoins des anciennes révoltes, des bouches d'aération diffusant un mélange d'odeurs de cuisine et de carburant.
Mattis savait que survivre ici demandait une vigilance de chaque instant. Il fallait être débrouillard, alerte et connaître les frontières de la cité. Mais il nourrissait un rêve : devenir chasseur d'Onyx — non pour la gloire ou la force, mais pour protéger sa mère et tous ceux qui n'avaient pas de Silver.
Il venait d'atteindre l'entrée de l'école lorsqu'un grondement retentit : l'alarme venait de se déclencher. Un Onyx avait été signalé dans un quartier voisin. Les chasseurs couraient déjà. Mattis sentit son cœur s'emballer. Sa première véritable confrontation avec la peur… Il pressentit qu'il ne serait plus jamais le même.
Scène 2 · Le Rugissement des Profondeurs
L'alarme hurlait dans toute la Ruine 7. Les habitants se ruaient vers les abris, baissaient précipitamment les volets métalliques, verrouillaient portes et couloirs. Mattis resta figé un instant sur le seuil de l'école, incapable de bouger. Un nouveau grondement fit trembler les murs. Puis un cri. Unique, étouffé, mais terriblement familier.
— Maman ?
Sans réfléchir, il traversa les ruelles en bousculant les fuyards. L'air vibrait, saturé de panique. Lorsqu'il atteignit l'atelier, la rue était méconnaissable : lampes grésillantes, plaques métalliques arrachées, chaos total. Et là, au centre, un Onyx gigantesque. Sa carapace noire absorbait la lumière, ses yeux rouges cherchaient leur proie.
En face, la mère de Mattis.
Elle portait sa vieille combinaison, un Silver fin attaché à son poignet : une arme forgée par la souffrance et la volonté. Mattis ne l'avait jamais vue se battre. Jusqu'à cet instant, elle n'était qu'une ouvrière épuisée à ses yeux. Mais il découvrait une combattante, fière et indomptable.
— Recule, Mattis ! cria-t-elle sans quitter l'Onyx des yeux.
Il était paralysé. Sa mère esquiva une attaque, puis une seconde, maniant le Silver avec rapidité et précision. Mais la créature était trop forte, trop rapide. Un coup violent la projeta contre le mur. Elle cracha un filet de sang, mais se releva.
— Tu ne toucheras jamais à mon fils !
Le duel fut âpre et long. Esquives, ripostes, éclairs d'argent du Silver affrontant les griffes de la bête, chocs contre le métal… Mattis, tétanisé, absorbait chaque geste en silence, envahi d'adrénaline et terrifié. Il aurait voulu agir, mais il se sentait trop faible, trop jeune.
Un coup finit par terrasser sa mère. Mattis sentit une chaleur monter dans sa poitrine, une énergie qu'il ne comprenait pas. Une lueur argentée émergea de son cœur, parcourut son bras et forma un Silver pur, né de l'amour et de la peur.
Il frappa l'Onyx, le repoussant à peine. Le monstre grogna, blessé mais implacable. Mattis donna tout ce qu'il avait, maladroitement, jusqu'à ce que l'Onyx batte en retraite et disparaisse dans l'ombre.
Épuisé, Mattis s'effondra près de sa mère. Le Silver s'effaça de sa main, comme s'il n'avait jamais existé. Il serra la main glacée de sa mère, submergé par les larmes.
Ce jour-là, la vie de Mattis bascula à jamais.
Scène 3 · Extraction
Le silence se fit, brisé seulement par la respiration sifflante de Mattis et les plaintes faibles de sa mère. La poussière retombait à peine, que des pas lourds résonnèrent. Déjà, des silhouettes armées se regroupaient à l'entrée du passage.
Les chasseurs d'Onyx.
Leurs armures sombres brillaient sous les néons défaillants ; Silver dégainés, ils inspectaient chaque recoin, prêts à agir si la menace revenait. L'un s'accroupit près du mur éventré, examinant les entailles de griffes.
— Zone sécurisée ! cria un chasseur. Deux survivants ici !
Mattis releva la tête. Un chasseur plus grand s'avança vers lui, les yeux brièvement attirés par la lueur argentée s'éteignant de la main du garçon.
— Toi… tu as utilisé un Silver ? demanda-t-il, sidéré.
Mattis secoua la tête, muet, incertain de ce qu'il venait de faire.
— Son pouls est faible, annonça une chasseuse auscultant la mère de Mattis. Il faut l'évacuer tout de suite.
Rapidement, ils installèrent sa mère sur une civière métallique. Mattis voulut protester, mais le chasseur posa une main rassurante sur son épaule.
— Viens. C'est trop dangereux ici. Et… il faut que tu nous racontes ce qui t'est arrivé.
Le cœur battant à tout rompre, Mattis jeta un dernier regard anxieux à sa mère inconsciente, puis à la ruelle dévastée. Il comprit que les chasseurs étaient là pour les aider.
— D'accord…, souffla-t-il.
Ils traversèrent la cité à vive allure. Les alarmes hurlaient toujours, les habitants se cachaient derrière leurs volets. Pour la première fois, Mattis observait de près la discipline, la force et l'assurance des chasseurs — et comprit pourquoi il avait toujours rêvé d'être l'un d'eux.
Arrivés devant un large ascenseur dissimulé entre deux conduits, ils descendirent dans une cabine bardée d'acier et d'écrans. L'ascenseur plongea vers les profondeurs.
À l'ouverture des portes, un frisson parcourut Mattis.
La base des chasseurs s'étendait devant lui.
Un complexe immense et lumineux, constitué de passerelles, de salles d'entraînement bruyantes, de laboratoires étonnamment propres où s'affairaient d'étranges machines. Tout semblait plus vivant, plus lumineux que les bas-quartiers.
On installa sa mère à l'infirmerie, où des soignants en blanc s'activèrent. Mattis voulut rester près d'elle mais le chasseur lui proposa de s'asseoir juste à côté.
— N'aie crainte. Elle est en de bonnes mains, le rassura-t-il doucement. Toi, repose-toi. Tu es en sécurité maintenant.
La fatigue l'envahit brusquement. Mattis se laissa aller, les bras tremblants, le regard vide. Sa dernière image avant de sombrer fut le visage endormi de sa mère, baigné de lumière.
Ce soir-là, Mattis pénétra pour la première fois dans l'univers secret des chasseurs.
Sans s'en douter, il était destiné à y rester.
Scène 4 · Le Cube 7
La base paraissait étrangement calme ce soir-là. Mattis errait dans les couloirs, incapable de trouver le sommeil. Les infirmiers avaient dit que sa mère allait mieux, mais l'angoisse lui serrait l'estomac.
Comme toujours, son regard fut attiré par la grande porte blindée au chiffre 7 rouge vif. Elle semblait vibrer, presque comme un cœur.
Ce soir-là, un garde s'arrêta devant, entra un code, passa la main sur le scanner. La porte se souleva lentement dans un grondement sourd.
Profitant de son inattention, Mattis se glissa furtivement à l'intérieur.
La salle était immense, circulaire, baignée d'une lumière blanche glacée.
Au centre… flottait le Cube.
Un immense bloc noir, lévitant dans les airs par une force invisible. Des veines rouges couraient sur ses faces comme des vaisseaux vivants. Mattis resta bouche bée.
Le garde disparut par une porte latérale, laissant Mattis seul.
Le Cube vibra. Lentement. Comme s'il percevait la présence du garçon.
Mattis s'avança, le cœur battant. Il ne savait pas pourquoi, mais il devait le toucher.
Alors, le Cube réagit. Ses plaques tremblèrent, les veines rouges scintillèrent. Au centre, une spirale de lumière s'ouvrit, révélant une sphère lumineuse, immense, palpitante.
Mattis recula, ébloui. Le noyau pivota lentement. Une puissance écrasante s'en dégageait.
Soudain, la lumière devint aveuglante.
— Non… attends… !
Le noyau se détacha et fonça sur lui. Un rayon rouge et blanc traversa la salle, le transperçant de part en part. La sphère éclata en fragments d'énergie qui pénétrèrent totalement sa poitrine.
Mattis hurla.
Une chaleur inouïe envahit ses veines, brûlante et vivante — comme si quelque chose prenait racine dans son âme.
Quelques secondes plus tard, le silence. Puis tout s'effondra.
Le Cube, maintenant vide, s'écrasa brutalement. Ses plaques retombèrent, fracassant le sol dans un vacarme assourdissant.
BOUM !
Le Cube se brisa en dizaines de morceaux. Les lumières sautèrent une à une sur les murs, des gerbes d'étincelles fusèrent, le plafond trembla — et l'alarme hurla, stridente.
Mattis tomba à genoux au centre de la salle, suffoquant. Une énergie nouvelle pulsait en lui, inconnue, dangereuse.
— Qu'est-ce que… qu'est-ce que tu m'as fait… ?
La salle vibra, presque plongée dans l'obscurité, percée seulement de lueurs rouges d'urgence.
Ce soir-là, le monde de Mattis changea. La Ruine 7 ne serait plus jamais la même.
Scène 5 · Alerte Maximum
Toute la base trembla sous le choc venu des profondeurs. Un souffle métallique secoua les murs, suivi d'une onde d'énergie.
Les lumières des couloirs clignotèrent puis explosèrent, l'une après l'autre.
WOUUU — les alarmes rouges hurlèrent dans la Ruine 7.
Les chasseurs accoururent en pagaille.
— Que se passe-t-il ?
— Ça vient de la salle 7 !
— Impossible, elle est verrouillée !
Les ordres fusaient au-dessus de la sirène, les murs vibraient encore. Un terrible danger venait d'être réveillé.
Dans la salle du Cube, la poussière flottait encore. Des débris partout : plaques déformées, câbles arrachés, éclats de métal. L'endroit ressemblait à un champ de bataille.
Au centre… Mattis.
À genoux, tremblant, les mains au sol, peinant à respirer. Sous sa peau, une faible lumière rouge pulsait à l'endroit où le noyau l'avait touché.
Il tenta de se lever ; ses jambes cédèrent aussitôt. Une douleur aiguë transperça sa poitrine, suivie d'une voix étrange, presque irréelle, comme un écho lointain.
…Lien établi…
Il secoua la tête, pris de vertige. Il croyait sûrement halluciner.
Soudain, la porte explosa.
Une dizaine de chasseurs armés envahirent la pièce, Silver en main.
— Attention ! Danger inconnu !
— Lumières ! Analysez tout de suite !
— Cette énergie… On dirait que le Cube a implosé !
Un silence. Puis ils le virent.
— Là, un enfant !
Ils s'approchèrent, prudents. Même les chasseurs semblaient dépassés. L'un d'eux s'accroupit, posa la main sur l'épaule de Mattis.
— Hé petit… tu m'entends ?
Mattis leva les yeux, brillants comme électrisés.
— Je… crois…
Le chasseur recula, bouleversé.
— Regardez sa poitrine ! Il a absorbé quelque chose !
— Le noyau n'a jamais réagi comme ça !
— Il faut l'emmener au centre de contrôle, vite !
Deux chasseurs tentèrent de le soulever, mais soudain, une onde rouge jaillit du corps de Mattis.
FWOOM !
Les chasseurs furent projetés contre les murs. Tous se figèrent, terrifiés.
— Ne le touchez plus !
— Cette énergie… c'est inédit !
— Appelez le Commandant Sylvaris, tout de suite !
Mattis murmura d'une voix brisée :
— Je voulais juste voir…
Ses yeux roulèrent, il s'affaissa, inconscient.
Les chasseurs, pétrifiés, sécurisèrent la salle sans oser l'approcher.
Cette nuit-là, un secret longtemps endormi venait de s'éveiller. Mattis était désormais lié à quelque chose d'immensément dangereux.
Scène 6 · Après la Chute
La poussière retombe lentement, formant un linceul invisible sur le chaos. Le sol vibre encore du souffle de l'explosion.
Mattis gît sans bouger. Ses yeux sont clos, sa respiration quasi imperceptible. Les fragments du Cube sont éparpillés partout, inertes, éteints.
Des bruits de pas précipités résonnent.
Une silhouette surgit dans le couloir obscur, essoufflée.
Marine.
Inquiète, elle avait suivi Mattis, redoutant de le voir s'aventurer là où c'est interdit. Jamais elle n'aurait imaginé trouver une telle scène.
— Mattis ?! Mattis ! appela-t-elle, la voix tremblante.
Elle se précipita à ses côtés, glissa sur la poussière, tomba à genoux près de lui. Elle posa la main sur sa joue. Il était froid. Trop froid.
— Hé… Mattis, réveille-toi… je t'en prie…
Il ne réagit pas.
Soudain, les alarmes résonnèrent partout dans la Ruine 7. Les feux rouges clignotaient, certains explosèrent en une pluie d'étincelles.
« ALERTE. Secteur 12 : explosion énergétique non identifiée. Évacuation en cours. »
Marine recula, paniquée, mais refusa d'abandonner Mattis. Elle serra les poings, tentant de retenir ses larmes.
Des bruits et des voix — une escouade de chasseurs surgit, armes levées, lampes braquées. Le chef s'avança.
— Reculez ! On sécurise la zone !
Un soldat s'interrompit, les yeux sur Mattis.
— Chef, c'est un enfant… il était à l'épicentre.
Marine s'interposa, bras écartés.
— Ne lui faites pas de mal ! Il… il s'est juste effondré après l'explosion !
Le chef examina les fragments, blêmit.
— C'est impensable… Ce Cube était scellé depuis des décennies.
Un soldat scanna Mattis. L'appareil grésilla, cliqueta, puis tomba en panne.
— Chef… Il émet toujours de l'énergie ! Comme si… quelque chose était en lui.
Marine écarquilla les yeux, stupéfaite.
— Comment… ?
Le chef se redressa brusquement.
— Emmenez-le au QG immédiatement. Et surveillez ses signes vitaux. Si cela se confirme… il faut agir au plus vite.
Deux chasseurs soulevèrent Mattis avec précaution, sa tête ballottant, inconscient. Marine suivit, les poings serrés, retenant ses larmes.
Le couloir s'assombrit au fur et à mesure qu'ils s'éloignaient, les dernières lumières grillaient.
Au sol, un éclat du Cube cligna faiblement… puis s'éteint.
Scène 7 · Transport d'Urgence
Le convoi traversa les couloirs de la Ruine 7 à toute allure. Les chasseurs ouvraient la voie, repoussant les habitants paniqués qui tentaient de comprendre ce qui venait de se produire. Les alarmes résonnaient, saturant l'air d'angoisse.
Mattis était porté sur une civière improvisée. Il ne bougeait pas. Sa respiration se faisait difficile, chaque souffle coûtait cher.
Marine suivait de près, refusant d'être séparée de lui.
— Vous allez l'amener où ? demanda-t-elle, la voix tremblante.
Le chef de l'escouade répondit sans ralentir :
— Au niveau central. Le laboratoire du Conseil. C'est le seul endroit équipé pour analyser ce qu'il… contient.
Marine déglutit.
— Mais… il va s'en sortir, n'est-ce pas ?
Le chef hésita un instant.
— Je l'espère. Mais ce qu'il a absorbé… n'est pas humain.
Ils arrivèrent devant deux énormes portes blindées qui s'ouvrirent dans un grincement métallique. Le laboratoire central était baigné d'une lumière blanche presque aveuglante, contrastant avec l'obscurité des couloirs de la cité.
Des scientifiques attendaient, alertés par les rapports.
— Déposez-le sur la plateforme, vite ! lança l'un d'eux.
Les chasseurs posèrent Mattis au centre d'un cercle d'appareils. Des bras mécaniques s'étendirent, scannant son corps sous tous les angles. Marine resta en retrait, nerveuse, observant tous leurs gestes.
Les écrans s'allumèrent. Des lignes d'énergie se dessinèrent. Puis… un symbole.
Un cercle. Avec le chiffre 7 en son centre. Rouge et noir. Identique à celui du Cube.
Les scientifiques se figèrent.
— Chef… ce n'est pas possible.
— Le Cube a… fusionné avec lui ?
Le chef recula, bouleversé.
— Non. Pas fusionné. Il l'a choisi.
Un silence pesant tomba. Marine sentit son cœur se serrer.
Soudain, le corps de Mattis fut traversé par une onde argentée. Les appareils grésillèrent. Les lumières vacillèrent.
— Il réagit ! Écartez-vous !
Une onde d'énergie explosa autour de la plateforme. Les scientifiques reculèrent, stupéfaits. Marine porta les mains à sa bouche, terrifiée.
Puis tout se calma.
Sur la poitrine de Mattis, une faible lumière persistait… comme un noyau vivant tapi juste sous sa peau.
Le chef serra les dents.
— On doit le garder en observation permanente.
— Et prévenir le Conseil sans attendre.
Marine s'approcha doucement de Mattis, ignorant les ordres. Elle lui prit la main.
— Reviens… je t'en supplie, reviens…
Et pour la première fois depuis l'explosion…
…un doigt de Mattis bougea.